L’Homme et la Nature

Enjeux

Aujourd’hui, plus de 50 % de la population mondiale vit à moins de 100 kilo­mètres des côtes. D’ici 2035, cette proportion pourrait être de 75 %. Cette concen­tration en bord de mer signe la relation très particulière que l’espèce humaine a tissée avec l’océan. Mais elle entraîne aussi une très grande pression sur le milieu.

Upper East Side, Manhattan, New York, USA (40°46’ N - 73°57’ O). © Yann Arthus-Bertrand / Altitude

DES LITTORAUX ATTRACTIFS

De plus en plus de personnes s’installent sur les côtes. Même si les mécanismes socio-économiques sont variés, la tendance est générale. Elle n’est pas récente non plus. Le peuple­ment côtier traverse les âges, comme le montrent les villes méditerranéennes de l’Antiquité : Athènes, Rome, Carthage ; ou celles de l’âge classique : Venise, Londres, Constantinople/Istanbul ou Séville, pour ne citer qu’elles. En Amérique, en Asie et en Afrique, la colonisa­tion a entraîné le développement de grandes villes sur les côtes : New York, Hong Kong ou Le Cap, par exemple, sont des villes relativement récentes. Aujourd’hui, le développement économique de l’Asie propulse les villes côtières de la Chine, de la Corée ou du Japon en tête des métropoles mondiales. En France, les communes littorales abritent environ une per­sonne sur dix pour seulement 4 % du territoire, et la densité (281 hab./km²) y est deux fois et demie supérieure à la moyenne métropolitaine. Aux États-Unis, plus de la moitié de la population vit dans des régions côtières, avec une densité trois fois supérieure à la moyenne nationale (300 hab./km²), et les populations côtières ont augmenté de 28 % entre 1980 et 2003, ce qui représente 33 millions de personnes supplémentaires. Les grands deltas du Nil, du Mékong ou du Gange sont parmi les zones les plus densément peuplées du monde.

Les raisons de cette concentration sont multiples. Il y a l’histoire, mais pas seule­ment. Aujourd’hui comme hier, l’ouverture vers l’océan permet la pêche, facilite le com­merce. Parfois, elle encourage des activités d’exploitation offshore. D’autres fois, la côte accueille des installations militaires. De plus en plus souvent, elle bénéfice d’un afflux de touristes ou de plaisanciers. Toutes ces activités assurent des emplois, des revenus ou tout simplement la subsistance des populations. Mais il n’y a pas que cela. Les littoraux sont attractifs en raison du cadre de vie qu’ils offrent à leurs habitants, et s’il est difficile d’attri­buer une raison précise à cet état de fait, les enquêtes d’opinion montrent que les habitants des côtes sont plus heureux et en meilleure santé que ceux de l’intérieur des terres.

 GAGNER DU TERRAIN SUR LA MER

Résidence hôtelière près d'Arrecife, îles Canaries, Espagne (Yann Arthus-Bertrand / Altitude)
Résidence hôtelière près d’Arrecife, îles Canaries, Espagne © Yann Arthus-Bertrand / Altitude Paris

La demande est forte et la place manque. C’est pourquoi certains pays ont gagné des terres sur la mer. L’idée n’est pas récente : les Pays-Bas ont créé les polders en drainant les eaux et en établissant de digues de protection. Ainsi, la majeure partie du pays se situe-t-elle désor­mais sous le niveau de la mer. En Europe occidentale, ce sont 15 000 kilomètres carrés de polders qui ont été gagnés sur la mer depuis le XVIIe siècle. Dorénavant, de nombreux pays recourent à ces techniques : Dubai, Singapour, le Japon, etc.

L’expansion humaine s’accompagne d’une artificialisation croissante des sols. Dans cer­taines zones, en particulier touristiques, le littoral a été défiguré par les constructions : c’est le cas de la Costa Blanca espagnole, qui est la section de côte la plus urbanisée en Espagne avec près de 96 % de son cordon linéaire bétonné. À cela s’ajoutent les problèmes de traitement des eaux usées, bien souvent rejetées directement dans la mer, et des déchets inhérents à l’afflux des touristes.

Le besoin de terres, tant pour cultiver que pour s’établir, est particulièrement néfaste pour des écosystèmes côtiers importants mais fragiles : les zones humides. Le terme désigne tout un ensemble d’écosystèmes plus ou moins marécageux et extrêmement précieux pour la biodiversité : ce sont les mangroves, les marais côtiers, les dunes, les lagunes et estuaires… En France métropolitaine, les zones humides abritent 25 % de la biodiversité, mais elles sont parmi les écosystèmes qui ont le plus régressé : leur surface a été réduite de 67 % au XXe siècle !

De plus en plus de pollution

Qu’elles soient indus­trielles ou domestiques, toutes les activités menées à terre ont une part de responsabi­lité dans la pollution marine, à commencer par notre façon de consommer. Bouteilles en verre ou en plastique, boîtes de conserve, chaussures, filets de pêche abandonnés, mais aussi mégots de cigarette, coton-tiges, briquets, etc., la liste est longue de ces déchets qui finissent sur les plages du monde entier. D’après le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), 80 % des déchets présents dans les océans proviennent ainsi de l’intérieur des terres, le reste étant soit abandonné sur les plages, soit jeté directement à la mer.

Gobie jaune à la fenêtre de son abri (une cannette de soda), Honshu, Japon (Brian Skerry)
Gobie jaune à la fenêtre de son abri (une cannette de soda), Honshu, Japon (Brian Skerry)

Selon les Nations Unies, 60 à 90 % de ces « déchets aquatiques » sont constitués de plastiques. Chaque année, 6,5 milliards de kilos de déchets en matières plas­tiques sont ainsi déversés dans les océans, soit 206 kilos par seconde ! Certains sont portés par les courants et forment des concentrations comme le Great Pacific Garbage Patch, surnommé le «continent de plastique», qui s’étend entre la Californie et Hawaii sur une surface de 3,43 millions de kilomètres carrés, soit le tiers de l’Europe !

À terme, 70 % des déchets rejetés dans les océans finissent par couler. Ils se déposent alors sur les fonds marins, où ils forment parfois une sorte de tapis qui empêche les échanges entre l’eau et les sédiments, asphyxiant ainsi ces milieux où se concentre une grande partie de la biodiversité marine.

Dans de nombreux pays en développement, 80 à 90 % des eaux usées finissent directement dans les océans. Même dans les pays développés, les réseaux d’assainissement n’empêchent pas toujours bactéries et produits chimiques d’atteindre le milieu marin. Boues toxiques, sol­vants, métaux lourds, hydrocarbures, acides divers et variés, résidus de toutes sortes : chaque année, des centaines de tonnes de déchets industriels toxiques finissent dans les océans après avoir été déversés dans la nature par certains industriels. Difficiles à quantifier car souvent générés en dehors de tout contrôle et de tout cadre légal, ces déchets peuvent avoir des conséquences graves sur le milieu marin et la santé humaine. C’est le cas du plomb ou encore du mercure, que l’on retrouve de plus en plus dans certaines espèces de poissons des­tinées à la consommation humaine. Le mercure peut avoir des effets toxiques graves sur les systèmes nerveux, digestif et immunitaire et sur les poumons, les reins, la peau et les yeux. Dans les années 50, au Japon, dans le petit village côtier de Minamata, plusieurs milliers de personnes sont mortes d’une maladie jusqu’alors inconnue. Ce n’est que des années plus tard que l’on a découvert que l’ensemble des poissons et coquillages de la baie, qui constituait le principal moyen de subsistance de la population locale, avait été contaminé par les rejets de chlorure de méthylmercure d’une usine voisine.

Des littoraux à protéger

Les littoraux doivent donc être protégés. La France a créé, dès 1975, le Conserva­toire national du littoral, un établissement public chargé d’acquérir des terrains afin de les soustraire à la pression immobilière, à l’urbanisation, et de s’assurer qu’ils conservent leur état naturel et sauvage. Une fois acquis, les terrains deviennent inaliénables et sont confiés en gestion aux communes ou à des associations de préservation. Grâce à ce dispositif, plus de 12 % des rivages français sont pro­tégés, soit 1 200 kilomètres de côtes pour une superficie de 150 000 hectares. L’objectif, à terme, serait qu’un tiers du littoral soit rendu « sauvage » à horizon 2050.

La protection des côtes passe également par des conventions internationales, des lois et des agences gouvernementales. Ainsi, la convention de Ramsar, qui visait en 1971 la pro­tection des oiseaux migrateurs, a-t-elle évolué pour protéger ces écosystèmes particuliers que sont les zones humides. Plus de 1 950 sites sont inscrits sur la Liste de la convention de Ramsar : en font partie des littoraux dont l’étendue d’eau marine à marée basse n’excède pas 6 mètres de profondeur, des tourbières, des marais, des mangroves et des récifs coral­liens. Aujourd’hui, ce sont ainsi plus de 190 millions d’hectares qui sont protégés.

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