L’Homme et la Nature

Le Film

Lionne dans la réserve du Masaï Mara, Kenya. © Yann Arthus-Bertrand

Terra fait appel à des cinéastes animaliers sélectionnés dans le monde entier pour leur talent, chacun spécialiste dans son domaine d’une région, d’un comportement ou d’un groupe vivant. Pour autant, Terra n’est pas un documentaire animalier. Ni un film d’investigation militant. Terra est un essai, au sens littéraire du terme, sur l’espèce humaine et sa relation au vivant.

Sa trame est celle d’une histoire naturaliste de l’homme sur sa planète vivante, la Terre. On revient sur le destin singulier de cette espèce qui parmi des millions d’autres s’est construite au fil des étapes de l’avènement de la vie sur Terre, pointant  au passage certains talents remarquables du vivant… Mais en réalité, le narrateur – subjectivement l’humanité elle-même- va détourner peu à peu cette histoire naturelle pour s’interroger sur comment il se représente le monde. Comment l’homme a découvert la nature, comment il a pris conscience de l’existence du monde qui l’entourait, et comment sa représentation a évoluée au fil des millénaires. Et influé en retour sur le cours de l’histoire elle-même.

Aux premières heures de l’espèce humaine, le monde vivant, la nature toute entière est un mystère dangereux, un monde immense et hostile où il faut survivre. A mesure de l’évolution de l’espèce, de l’émergence de sa conscience et la sophistication de ses outils, naissent les caractéristiques de l’homme : les arts, la mythologie et la divinisation, la découverte de l’élevage et de l’agriculture, la naissance de la civilisation, l’émergence de croyances à visage humain. Bientôt l’ère industrielle consacrera un homme maître absolu de la planète, capable de vie et de mort sur tout ce qui existe.

 

L’histoire en soi n’est pas originale, c’est celle des humains sur Terre. Alors pourquoi revenir dessus ? Parce qu’aujourd’hui, il devient urgent de se réveiller : Climat, surpêche, surproduction animale, agriculture intensive, épuisement et pollution des ressources… ces antiennes maudites aboutissent toutes à la même conclusion : l’humanité va dans un mur à marche forcée. Mais ce constat est inacceptable pour le public aujourd’hui. Trop accablant. Il est d’autant moins recevable que les signaux précurseurs d’un changement majeur sur Terre ne sont pas clairs. Y a t il vraiment un réchauffement climatique quand on voit New York sous des tempêtes de neige ? Si les animaux souffrent alors pourquoi ne l’expriment-ils pas? L’océan n’est-il pas inépuisable quand on voit son immensité ? Dans un climat désastreux des faillites de la communauté humaine face à ses échéances (climatiques, sociales, guerre, ressources), l’annonce d’une énième fin du monde ne trouve guère d’écho auprès du public.

Donc… on ferme les yeux. C’est le pouvoir de la représentation.

 

Un film pour croire en l’humanité

Quel regard veut-on désormais porter sur ce qui vit autour de nous ? Ce sera le pouvoir du film Terra. Le film établira comment ce regard a toujours été déterminant dans l’histoire humaine sur Terre et comment il peut encore changer le cours des choses.

Et  si, en chacun des humains, en leur cœur même, il existait un moyen de changer le cours des choses ? Et si, en comprenant avec clarté l’importance de la représentation dans les sociétés humaines, et en saisissant ce qu’apporterait un changement de représentation sur le monde vivant, on peut à nouveau croire en l’avenir. Il s’agit de tirer parti de l’extraordinaire capacité humaine à anticiper la réalité et en même temps renouer avec l’empathie, le respect, l’émotion pour les aspects les plus simples de la vie sur Terre. En un mot – et il est tendance – Terra se veut une ode à l’espèce humaine, un film prônant que l’humanité est encore capable de « revenir à l’essentiel ». Un message humaniste, volontairement positif.

 

Ouvrir et fermer les yeux

De nos jours, la relation homme-animal est faite de curieux paradoxes. D’une part, l’homme élève dans des conditions terrifiantes des milliards des animaux qu’il tue à la chaine pour se nourrir, parfois même juste pour s’en débarrasser… d’autre part, l’homme est le plus grand amateur d’animal de compagnie de tous les temps sur la Terre. Chats, chiens mais aussi chevaux, cochons, lapin, grenouilles, rats, furets, poules, tigres, panthères… des millions d’animaux, en majorité des poissons (rouges), sont devenus des jouets, des auxiliaires de compagnie ou même de vrais compagnons de vie. Ils sont souvent aussi nombreux que leurs maitres à l’échelle d’un pays (63 millions d’animaux de compagnie en France pour 65 millions d’habitants).

L’avènement de l’ère industrielle dans l’élevage et l’abattage a profondément changé la donne. Pour élever, tuer et dépecer 45 milliards d’animaux par an qui nourriront 7 milliards d’humains, il faut une approche de « solution finale » : des outils génétiques, des machines, des enjeux et surtout, par une sorte de schizophrénie morale, il faut fermer les yeux, sinon on meurt de faim.

Fermer les yeux… permet de ne pas voir ou de ne pas se représenter avec justesse la réalité. Ce pouvoir, l’homme l’a progressivement appliqué à l’ensemble du vivant : chasses à outrance, extinctions des espèces, sélection des espèces pour leur productivité, effondrement de la biodiversité gênante, massacre des animaux en laboratoire, bricolage génétique, espèces mutantes, au rythme de la science, il s’en faut de peu désormais pour que la science ne produise pas des humains modifiés. Et là doit on encore fermer les yeux ?

 

Voir différemment…

Changer de regard, c’est se souvenir de ce que les religions et les mythes sont nés du sentiment de fragilité de l’homme face à la nature. Le temps a bouleversé cet état mais pas les échéances naturelles, qui resurgissent. Il est probable que renouer avec une spiritualité plus organique, plus proche du vivant est un passage obligé de l’humanité de demain.

Changer de regard, c’est aussi revoir nos modèles du vivant. La prédation, la croissance perpétuelle n’est pas le modèle unique sur Terre. Le monde végétal, animal et la plupart des organismes microscopiques, nous même (!), la vie profite de la symbiose, c’est à dire de la coopération entre espèces (100.000 milliards de bactéries vivent dans un corps humain et lui sont indispensables, elles sont 10 fois plus nombreuses que les cellules humaines). Et cette coopération du vivant, par opposition au modèle de prédation, permet de voir la question de la décroissance sous un autre angle. L’homme est un loup pour l’homme… Comment voyait-on le loup quand cette maxime a été écrite ?

Revoir la biodiversité… à nos pieds. Les biologistes considèrent que le « tiers paysage » représente le futur biologique : les bas-côté, friches, talus des zones urbaines, des champs, les forêts oubliés, les camps militaires, autant que les déserts, la haute mer, les sommets inaccessibles, les terres gelés… Tiers paysage mais aussi tierces espèces : tous les laissés pour compte, tous les oubliés de la pensée humaine, tout ce qui ne compte pas immédiatement pour l’être humain forme aujourd’hui pourtant ce qui lui assure son avenir. Ce que l’homme n’a pas touché est désormais l’ultime réservoir génétique. Alors, revoir le sauvage qui nous entoure encore avec respect – message ultime du film Terra- devient la plus belle des promesses que l’on se fait.

PARTAGER SUR

AVEC LE
SOUTIEN DE

OMEGA

La marque OMEGA est réputée mondialement pour la qualité et la performance de ses montres, ainsi que son engagement pour la conservation des océans. C’est pourquoi elle a choisi de s’engager auprès de la Fondation GoodPlanet, afin de soutenir ses missions de manière globale mais aussi plus précisément dans le cadre de son programme Océan.

> Lien partenaire